José Bové: « Nicolas Hulot n’entre pas au gouvernement pour faire la plante verte » (La Dépêche)
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L’eurodéputé du Larzac souhaite « bonne chance » à Nicolas Hulot et met en garde ceux qui, à l’Elysée ou Matignon, voudraient reléguer le globe-trotter écolo à l’accessoire du gouvernement et de sa politique.

Etes-vous surpris par la nomination de Nicolas Hulot au gouvernement d’Edouard Philippe?

Cette information bruissait depuis quelques jours dans son premier cercle. Il se disait que sa décision était prise, mais qu’il restait quelques sujets à clarifier. A l’évidence, Nicolas a obtenu les réponses qu’il attendait. Je n’imagine pas un instant qu’il ait accepté ce poste sans avoir pris un certain nombre d’assurances sur des sujets fondamentaux et qui pourraient être, le moment venu, source de tensions avec ses collègues, le Premier ministre et le Président.

A quoi pensez-vous?

Tout d’abord à la sortie du nucléaire. On sait que pour Nicolas Hulot, cette question ne se résume pas à la seule fermeture de Fessenheim mais à celle des 22 centrales disséminées sur le territoire national. Or à ce jour, Emmanuel Macron n’a pas pris ce genre d’engagement et de surcroît, le Premier ministre a travaillé pour Areva dans une autre vie. Mais je veux croire que le nouveau ministre de la Transition Ecologique a pris ses précautions. Se posera aussi immédiatement la question de l’aéroport de Notre Dame des Landes dont Nicolas Hulot a toujours été un farouche opposant. Il y a aussi l’Accord économique et commercial global (CETA) qui constitue pour lui une ligne rouge. Emmanuel Macron a révisé sa position sur le sujet, mais les deux hommes devront trouver un accord.

Son entrée au gouvernement est-elle une suite logique de son parcours personnel au service de l’écologie?

Il a conseillé les trois derniers présidents, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy puis François Hollande. Là, il franchit le pas et je lui dis « à très bientôt » car nous aurons sans doute des occasions de nous retrouver…

Quel ministre sera Nicolas Hulot?

Je l’ai vu fonctionner dans sa mission de conseiller auprès des gouvernements précédents. Quand il est en désaccord, il l’exprime clairement. S’il est empêché de l’intérieur sur des sujets fondamentaux, il ne composera pas et ne se cachera pas. Il n’entre pas au gouvernement pour faire la plante verte. Mais je n’ai pas de doutes sur son potentiel à faire avancer les choses. Souvenez-vous du rôle prééminent qu’il a joué dans les discussions de la COP 21 sur le climat, à l’égal ou presque de François Hollande, Laurent Fabius et Ségolène Royal.

La nomination de Nicolas Hulot est-elle en définitive en bonne nouvelle pour l’écologie?

Indiscutablement oui. Jusqu’à présent, l’écologie ne semblait pas être une priorité pour Emmanuel Macron. On peut dire qu’il l’avait mise sous le tapis. La nomination de Nicolas suggère qu’il y a une prise en compte forte du sujet.

LIONEL LAPARADE