Lettre ouverte au maire de Toulouse suite à ses vœux écologistes aux toulousain.e.s
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Monsieur le Maire – Président,

Dans vos voeux aux Toulousain.e.s vous avez choisi de mettre l’accent sur l’enjeu écologique, en annonçant une année 2019 « naturellement belle » et en affirmant votre volonté d’intensifier la lutte contre le changement climatique.

 

Nous nous en réjouissons, car c’est là en effet une question décisive pour les conditions de vie présentes et futures de nos concitoyens. Pour faire face à l’enjeu climatique l’écologie ne peut plus être appréhendée de manière accessoire, mais au contraire comme la colonne vertébrale d’une action publique menée avec détermination, cohérence et humilité. Vous pouvez donc compter sur la contribution des élu.e.s écologistes à la concrétisation du virage que vous semblez négocier à un an du terme de votre mandat. Car c’est bien d’un virage qu’il s’agit, au regard de l’action conduite par votre majorité depuis 2014…

Vous avez insisté sur la végétalisation de Toulouse. Elle est d’autant plus indispensable que notre ville, plus que d’autres, se caractérise par un urbanisme très minéral, qui rend les personnes fragiles plus vulnérables et dégrade les conditions de vie de tous lors des périodes de canicule. La végétalisation est également nécessaire à la protection et au développement de la biodiversité essentielle à la vie humaine. C’est pourquoi nous avons regretté l’abandon dès le début de votre mandat des prairies urbaines mises en place par la précédente majorité dans le cadre de sa politique d’écogestion des espaces verts, prairies que vous aviez qualifiées d’ « herbes folles ».

 

Nous constatons également que la présence du végétal et la biodiversité sont des préoccupations très secondaires dans de nombreux projets le la Métropole, à l’image du projet urbain Malepère ou de la Jonction-est, où l’on se contente de voter des compensations à la bétonisation… Tandis qu’à l’inverse, le végétal sert souvent d’alibi de façade pour verdir des projets qui n’ont rien d’écologique, comme la Tour Occitanie et ses arbres perchés à 150 mètres de hauteur, dont on peine à discerner en quoi ils contribueront à rafraîchir la ville et dont le maintien durable nécessitera des prouesses.

 

Pour que la végétalisation produise des effets mesurables elle ne peut pas se faire hors-sol, mais par l’enracinement d’espaces intenses en nature. Sur ce point nous saluons la poursuite par votre majorité des projets ambitieux que sont le Parc Garonne et l’île du Ramier, également remis sous les projecteurs en cette fin de mandat, et dont nous attendons de connaître le plan de financement. Cependant nous ne pouvons pas en rester au stade d’un Plan Guide urbain à horizon 2030, et nous sommes disponibles pour travailler sur un projet qui définisse des phases prioritaires pour les 3 années à venir.

 

Nous vous invitons également à aller au-delà pour construire un réseau de parcs urbains sur l’ensemble de la métropole. Enfin nous réitérons ici deux propositions que nous avons formulées de longue date, et qui restent pour le moment rejetées par votre majorité  : celle de valoriser les parcs et jardins publics existants par des ouvertures nocturnes au public lors des épisodes de canicule, et celle de mettre en place un véritable permis de végétaliser les rues ouvert aux résidents, comme il en existe dans de nombreuses autres villes. Cette dernière action prolongerait et amplifierait l’actuelle opération de fleurissement des façades  « Des fleurs sur mon mur », et les ateliers citoyens Nature en ville que vous avez annoncés en avril pourraient être un temps opportun pour mobiliser les Toulousain.e.s sur cette proposition.

 

Concernant la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), l’objectif du Plan Climat – Air Energie Territorial de Toulouse Métropole est conforme aux engagements nationaux, avec – 40% d’émissions projetées d’ici 2030. Notre principal levier d’action est le secteur des transports et des déplacements, qui représente à lui seul 57% des émissions sur notre territoire. Malheureusement le Plan Mobilités élaboré par votre majorité est en contradiction flagrante avec l’objectif du Plan Climat, puisque qu’il admet qu’avec les projets actuellement inscrits les émissions de GES auront augmenté de 9% en 2030. Et tandis que nous avons commencé l’année avec un nouvel épisode de pollution atmosphérique, qui fait suite à une année 2018 record (40 épisodes enregistrés), les habitants de notre agglomération s’asphyxient dans des bouchons quotidiens, faute d’alternatives suffisantes à la voiture.

Vos décisions depuis 2014 n’ont pas permis un développement soutenu de ces alternatives. Elles ont même pour certaines favorisé le retour de la voiture en ville. Ainsi vous avez remis les clés des parkings à un opérateur privé dont le modèle économique repose sur le remplissage de parcs de stationnement, avec en cadeau bonus la construction d’un nouveau parking souterrain aux allées Jean Jaurès, qui aspirera encore davantage de voitures dans le centre de Toulouse. Vous avez par ailleurs tiré un trait sur de nombreux projets de transports en commun sur voies réservées, au profit de lignes Linéo qui améliorent incontestablement la desserte de notre territoire, mais qui sont pour la plupart engluées dans le trafic automobile, avec pour conséquence des temps de trajet qui les rendent peu concurrentielles face à la voiture. Vous avez également remis sur la table un projet de seconde  rocade dont l’inutilité a été démontrée il y plus de 10 ans, ouvert la Liaison Multi-modale Sud-Est aux voitures et différé la réalisation du Boulevard Urbain conçu pour développer l’usage des transports collectifs et des modes de déplacements doux au nord de Toulouse…

 

La liste des décisions contraires à vos vœux 2019 est déjà longue. C’est pourquoi nous formulons quelques propositions pour concrétiser ceux-ci : abandonner la seconde rocade, accélérer la création d’un réseau express vélo à l’échelle de la métropole, et mettre autour de la table acteurs publics et associations pour expertiser au plus vite la proposition de création d’un réseau ferroviaire de type RER dans notre agglomération, sans attendre la mise en service de la 3ème ligne de métro.

Nous ne pouvons pas conclure cette lettre sans évoquer le climat politique et social. Le mouvement des Gilets Jaunes, qui est la traduction d’une crise démocratique profonde, a débuté par la remise en cause de l’augmentation d’une taxe présentée de manière assez fallacieuse comme utile à la transition écologique. C’est la démonstration que cette transition n’est pas possible sans justice sociale et fiscale, ni sans accompagnement des changements par des politiques publiques ambitieuses. Depuis le début de ce mouvement vous vous êtes régulièrement exprimé dans les médias, à la fois en tant que Maire de Toulouse et en tant que Président de l’association France Urbaine, mais nous ne vous avons pas entendu sur ces points. Peut-être parce que vous avez accompagné les choix d’un Président de la République dont vous avez souvent salué les méthodes, notamment lorsque vous avez été le premier Président de Métropole à signer avec L’État un contrat d’encadrement drastique des dépenses de notre collectivité. Aujourd’hui nous souhaiterions vous voir intervenir avec le même zèle dans le débat national, pour demander par exemple au gouvernement une taxation des plus gros pollueurs (kérosène, transport maritime) et une augmentation du financement de la transition écologique des territoires pour le développement des alternatives à la voiture, ou encore de la rénovation énergétique de l’habitat.

 

Monsieur Moudenc, si nous voulons croire avec vous que l’année 2019 à Toulouse sera « naturellement belle », force est de constater que cela n’a pas été le cas les années précédentes. Mais nous préférons encore les virages aux impasses, et nous soutenons donc votre bonne résolution de début d’année en espérant un véritable changement d’échelle dans l’action menée par votre majorité. Nous le savons tous, en politique comme de manière générale, les bonnes résolutions proclamées dans le nouvel élan d’une année qui s’ouvre peuvent se retrouver soumises à des vents contraires, et la meilleure des volontés chanceler. C’est pourquoi nous vous adressons nos encouragements… naturellement vigilants.